22/07/2014

Ramadan & Santé

images.jpgLe Ramadan est une période très importante pour tous les musulmans. On ne doit ni boire, ni manger depuis l'aube jusqu'au crépuscule. Le renoncement à toute nourriture solide contraint l'organisme à se brancher sur ses réserves internes.

Le Ramadan a des conséquences médicales importantes, dans le domaine hormonal, dans le domaine de l'hydratation, sur le transit, dans le domaine psychologique également.

Dans le domaine hormonal

Le jeûne entraîne une inversion des cycles insuline-glucagon. Durant le reste de l'année, l'hormone digestive la plus sécrétée est l'insuline qui permet au glucose de pénétrer dans les cellules pour y être consommé et transformé en énergie. Elle permet également la mise en réserve du surplus d'énergie fournie par l'alimentation.
L'insuline en faisant entrer le glucose dans les cellules entraîne dans les premiers jours de ramadan des hypoglycémies qui sont responsables de la sensation de faim ressentie par le jeûneur.

Durant le ramadan, après les premiers jours, l'insuline laisse sa place prédominante au glucagon. Le glucagon est l'hormone du jeûne, elle va mobiliser les réserves de l'organisme en particulier les graisses pour fabriquer le précieux glucose qui n'est plus apporté par l'alimentation.

La prédominance du glucagon au bout de quelques jours de jeûne permet de moins présenter d'hypoglycémies graves et donc de moins sentir la faim.

Dans le domaine de l'hydratation

Le corps perd naturellement de l'eau en permanence : par la respiration, par la transpiration, par les urines et par le tube digestif. En temps normal, les apports couvrent les pertes, si ce n'est pas le cas, la soif nous rappelle à nos devoirs vis à vis de notre corps

Mais lors du jeûne, il ne nous est pas possible de répondre à la soif en absorbant de l'eau. Le corps va alors s'adapter en réduisant les pertes : les urines deviennent beaucoup plus concentrées et moins abondantes, le tube digestif récupère l'eau des selles qui deviennent alors plus dures.

Troubles du sommeil

Une diminution du temps de sommeil de deux à quatre heures avec un sommeil court et fractionné est signalée, souvent en parallèle d'une diminution des performances cognitives et sportives étudiées pendant la journée.

Conséquences biologiques

Outre la glycémie dont on vient de parler, la calcémie accuse en début de nuit, une diminution significative, mais sans atteindre le seuil inférieur de la normale. Le cholestérol total et l'oxydation des graisses augmentent significativement, de même que l'uricémie. Le taux d'insuline diminue le jour pour augmenter le soir, tout comme la gastrine. Les globules blancs et les plaquettes une légère diminution. Le pH gastrique voit sa moyenne diminuée ; cette diminution persiste un mois après le ramadan.
Le jeûne du mois de ramadan semble par contre n'avoir aucune influence sur la pression artérielle et la fréquence cardiaque mesurées en ambulatoire pendant ce mois.

D'une manière générale, le jeûne semble bien supporté par les personnes saines.
Qu'en est-il des personnes malades ?

Les conséquences sur la santé des malades et la morbidité propre du ramadan ont été l'objet de différentes études. On a décrit plusieurs situations :

  • La fréquentation des urgences pour accident augmenterait pendant le ramadan dans certaines études. Ainsi les admissions dans un hôpital du Qatar ont montré une augmentation des admissions pour ulcère duodénal et asthme bronchique et une diminution des hospitalisations pour angor et hypertension artérielle. Cette étude a été confirmée par d'autres réalisées dans d'autres pays musulmans.
  • La pathologie asthmatique est aggravée, conséquence probable d'une mauvaise observance médicamenteuse, et ce, malgré la non consommation de tabac pendant la journée.
  • Les pathologies psychiatriques sont exacerbées, a priori pour des raisons d'observance médicamenteuse.
  • Sur la grossesse et l'allaitement, les conséquences du ramadan sont moins bien connues. Pour certains, le jeûne aurait des conséquences néfastes tant sur le score d'Apgar qui diminue que sur la déshydratation qu'il accentue pendant l'allaitement.
  • Enfin, on note une stabilité des hospitalisations consécutives à la décompensation d'un diabète. Le diabète non insulino-dépendant est l'une des affections les mieux étudiées pendant le ramadan. Malgré la grande diversité des adaptations posologiques spontanément adoptées par les patients, et une proportion importante de patients déséquilibrés, il n'y a pourtant pas d'augmentation sensible des hospitalisations pendant cette période pour cette pathologie. L'inversion des prises semble sûre.

S'il  semble ne pas entraîner de conséquences majeures sur la santé des malades, le jeûne nécessite néanmoins une prise en charge spécifique qui passe notamment par l'adaptation des schémas et des posologies de traitement, et des conseils pratiques de prévention pour limiter la morbidité.

  • Pour tout malade qui désire jeûner, une consultation avant, pendant et après le ramadan, au titre de la prévention s'avère indispensable.
  • Il faut savoir préciser comment s'est déroulé le ramadan antérieur
  • Dans tous les cas rappeler quelques conseils faciles à mettre :
    • s'hydrater dès la rupture du jeûne, et juste avant sa reprise, au matin ;
    • éviter les excès de sucres rapides et de graisses ;
    • manger au repas qui précède l'aube, notamment des sucres lents ;
    • faire une sieste en début d'après-midi ;
    • prendre les médicaments au moment des repas (sauf contre-indications pharmacocinétiques);
  • Des thérapeutiques sont possibles :
    • prises d'antidiabétiques oraux inversées ;
    • injections d'insuline retard réduites, concentrées au moment de la rupture du jeûne.

Pour conclure, nous conseillons d'adopter une alimentation équilibrée.
S'il est essentiel de bien manger le soir avant de se coucher, cela ne signifie pas "trop manger" car c'est paradoxalement durant le mois de Ramadan que les mauvais comportements alimentaires sont les plus en augmentation au lieu d'être en chute libre.

Bon mois de Ramadan à tous !